Entretien avec le groupe Nazca : "Nous ne voulons pas tenir de discours politique par notre musique, notre engagement est poétique seulement" - Cité de libro

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jeudi 26 juin 2014

Entretien avec le groupe Nazca : "Nous ne voulons pas tenir de discours politique par notre musique, notre engagement est poétique seulement"

Les jeunes membres du groupe Nazca considérant que "les artistes français sont des énormes monuments de la chanson française, c’est donc difficile de s’y attaquer, et de se réapproprier le contenu de leurs chansons". Une petite ou grand frappe pour La Bande à Reneaud ? Mais, aussi, ils affirment "que chanter en français paraît un peu moins « vendeur » à première vue, quoique ce n’est pas toujours vrai, et le français revient un peu à la mode ces derniers temps. En fait il est compliqué de chanter en français sans être rattaché au cliché du petit groupe de variété française".
Le Groupe Nazca à Langres. Photo Nazca - 21 juin 2014

Voici l'intégral de l'interview pour Logophilo que le groupe a répondu avec une énorme gentillesse.

Tout d’abord, je souhaiterai que chacun d'entre vous nous me raconte un peu son parcours artistique avant la formation du groupe Nazca.  

Avant Nazca, nous n’avons pas eu énormément de projet. Marc et Juliette ont tous deux étudié la musique dans une harmonie municipale, ils faisaient respectivement de la batterie et de la trompette ! Pendant ce temps, Navid prenait des cours de piano classique depuis tout petit, alors qu’on ne le connaissait pas encore. Ensuite Marc a été batteur dans un groupe de funk au lycée,  Juliette et Zoé reprenaient des gospels et du bluegrass avec une troisième copine, et Navid pratiquait la musique traditionnelle iranienne avec différentes personnes de son entourage. C’est aussi le seul qui poursuit des études en musique avec l’université.

LP : Que pouvez-vous dire sur l’origine du nombre du groupe ?  Est-ce que il y a un rapport entre le nom du groupe et celle-ci de la civilisation Nazca (pré-Inca) ? Et pour quoi vous avez choisi ce nom assez mystérieux comme des lignes et géoglyphes de Nazca?

Nous avons voulu appeler notre groupe Nazca car c’est l’impératif du verbe naître, en espagnol, ce qui signifie « naissez ». Nous avons ensuite découvert la civilisation pré-Inca que nous ne connaissons pas bien, mais pour nous, Nazca, c’est un ordre de vie, ça veut dire que nous réalisons notre projet pour nous épanouir, et pour tenter de faire s’épanouir ceux qui nous écoutent.

Dans cet univers, quels musiciens ou groupes ont étés vos sources d'inspiration pour trouver une mélodie aussi particulière ?

Ce qui fait la particularité du groupe, c’est que nous sommes tous les 4 très différents, et nous avons des influences très variées. Marc, celui qui compose majoritairement, écoute pas mal de pop comme Keane, Lily Allen, ou de folk comme Jack Johnson, alors que Zoé est plutôt branchée nouvelle scène française électro avec La femme, Hyphen Hyphen, Navid lui écoute de la musique orientale et du Rap, et Juliette préfère les musiques atmosphériques à la Emily Loizeau ou Emir Kusturica. Il y a quand même des sources d’inspiration qui nous réunissent, comme First Aid KitThe Dø, Yael Naïm

La musique peut devenir un discours, un engagement, une substance, un acte de résistance, etc. Quel en est le message ?

Avec Nazca, nous ne voulons pas tenir de discours politique par notre musique, notre engagement est poétique seulement. Ce que nous racontons, c’est l’histoire d’une naissance, d’une éclosion à la vie par l’affirmation de soi et la musique, et nous invitons ceux qui nous entendent à s’ouvrir avec nous, quelles que soient leurs convictions politiques et leurs valeurs. Notre mot d’ordre est le rassemblement.

Nazca: Bye Bye Honey

Au sein du groupe, vous êtes tous les quatre français (à moins que je me trompe) donc vous n’avez de problème avec les nombreuses subtilités et la rigueur de la langue française. Alors, pourquoi avez-vous décidé de reprendre des chansons anglaises et pas de la variété française (Serge Lama, Édith Piaf, Léo Ferré, Charles Aznavour, Serge Gainsbourg, Indochine, etc.)?

Nous sommes tous les 4 français, mais Navid a la double nationalité franco-iranienne, et Zoé a vécu quelques temps en Angleterre. Nous avons fait une petite reprise de Anne Sylvestre, les gens qui doutent, qu’on peut trouver sur Youtube. Les artistes français que tu cites, ce sont des énormes monuments de la chanson française, c’est donc difficile de s’y attaquer, et de se réapproprier le contenu de leurs chansons. 

Faire une reprise, c’est un peu une histoire d’opportunité, d’occasion, d’idée soudaine. Nous avons repris Lana del Rey au moment où nous avons découvert son univers et qu’ils nous a paru possible de le frotter au nôtre. Pour les Spice Girls ou Destiny Child, c’était plutôt un clin d’œil rigolo aux groupes qui ont marqué notre enfance, un jour Marc a dit « hé ce serait marrant de reprendre ça » et on a essayé.

Nazca: Born to Die

Dans le milieu artistique français, est-il compliqué de chanter en français? Ne serait-il pas mieux de poser un acte de résistance en chantant en français face à la domination des États Unis d’Américaine tant en musique qu’au cinéma ?

C’est vrai que chanter en français paraît un peu moins « vendeur » à première vue, quoique ce n’est pas toujours vrai, et le français revient un peu à la mode ces derniers temps. En fait il est compliqué de chanter en français sans être rattaché au cliché du petit groupe de variété française. Pour nous, choisir une langue, c’est choisir des sonorités, des façons de raconter, et dans nos chansons, certaines se prêtent au français, d’autres à l’anglais, d’autres encore à l’espagnol. Nous ne voulons pas nous restreindre à une langue, mais explorer les possibilités sonores en fonction de ce qu’on veut dégager, et pourquoi pas même un jour chanter en perse puisque Navid le parle très bien !

Vous cherche de vous faire une place à l’étranger, en choisissant de chanter en anglais ?

C’est vrai que l’anglais semble plus international, et plus facilement commercial, mais des tas d’artistes dont Stromae nous l’ont montré, le français s’exporte très bien, tout est une question de qualité !

Nous allons parler désormais de votre production musicale. Le 31 mai 2013, vous avez sortie votre premier EP «Cowboys’ secrets », sur lequel nous trouvons cinq morceaux (3 en anglais, 2 en français), Que signifie pour vous cet EP et comme pourriez vous le décrire ?

Cet EP est un peu la concrétisation de nos deux années de travail. C’est un objet qui n’est pas parfait du tout, fait maison etc., mais qui nous correspond, qui nous ressemble, et qui symbolise l’étape à laquelle nous en sommes aujourd’hui, dans notre état de petit groupe qui saisit sa chance. Nous avons enregistré 5 chansons, qui nous paraissaient faisables en home studio, et représentatives de notre univers. Ces 5 chansons sont assez différentes les unes des autres, mais ensemble elles donnent un aperçu du tout qu’est Nazca, même si elles donnent une image un peu édulcorée, et qu’en live Nazca a aussi un côté très organique, brut, presque tribal.

Nazca: Cowboys Secrets

Comment faites-vous pour écrire vos chansons? Quel son vos sources d’inspiration ? Quelle a été la participation de chacun des membres du groupe? Pouvez-vous nous dire s’il y a eu des collaborations et si oui avec qui avez-vous travaillé ?

Pour nos chansons, nous n’avons pas vraiment de schéma. Souvent, c’est Marc le guitariste qui propose un contenu sonore, avec des accords et une mélodie, puis ensuite Juliette travaille le texte après qu’on ait ensemble décidé la thématique qui nous vient spontanément en écoutant la musique. Le texte est proposé, chacun donne son avis et met sa petite touche. Puis tout le monde bosse les arrangements dans son domaine, Navid travaille le côté perçu avec Marc, Zoé les deuxièmes voix avec Juliette, mais tout le monde donne son avis sur tout, on essaye vraiment de construire en groupe. Mais il arrive que ce soit Juliette qui propose une base musicale, ou Zoé qui propose un texte, nos rôles ne sont pas prédéfinis, c’est surtout une question d’idée et d’envie. Si Navid a une mélodie en tête, il enregistre chez lui et nous la soumet à la répétition de la semaine suivante, et on voit ce qu’on peut faire avec. Souvent Navid nous apporte le côté théorique de la musique puisqu'il l’étudie, quand par exemple on est un peu coincés sur une chanson, qu’on n’arrive pas à trouver la suite etc.

Dans votre chanson «Sa(ha)ra » vous parlez de l’Afrique, pas tout à fait comme René Caillié dans son livre « Voyage à Tombouctou », alors que Nazca se trouve en Amérique, donc est-ce qu’n jour vous écrirez une chanson sur  la civilisation Nazca ou Inca, et même aller là-bas pour donner des concerts ?

Ecrire une chanson sur l’Amérique latine ou ses civilisations ancestrales, pourquoi pas, mais il faudrait alors approcher de plus près ce domaine que nous ne maîtrisons pas du tout. Donner des concerts à l’étranger, on en rêve ! alors là-bas pourquoi pas, si ça se trouve on découvrirait plein de choses qui correspondent à notre entité de groupe sans le savoir (rire).

Nazca - Sa(ha)ra

Dès la formation du groupe (janvier 2011) jusqu’à mi 21013, vous avez donné plus de 76 concerts dans différentes villes en France.  Comment avez-vous ressenti la réaction du public?

Le public n’est jamais le même. On le sent parfois très emballé, et parfois très peu réceptif, ça arrive. Ça dépend du contexte dans lequel on joue, de notre énergie ce jour-là, et puis plein d’éléments imperceptibles et pourtant bien présents, qui influent sur l’atmosphère du moment, et qui font que la magie opère, ou non. En générale, quand on joue en acoustique dans des petits lieux, c’est là qu’on est le mieux ; le public est hyper attentif et nous sommes hyper à l’aise, donc il se passe plein de choses, c’est dans ce genre de concert que nous avons les meilleurs retours du public.

Et en 2014, vous êtes toujours à la conquête d’un nouveau public. Le 23 mai dernier au Festival Changez d’air, vous avez fait la 1ère partie de « Cats on Trees ». Qu’est-ce que cela change pour vous quand vous jouez dans une salle de concert par rapport à ciel ouvert ? C’est facile de maîtriser pour vous la partie technique/logistique, c’est-à-dire le son, lumière, etc. ? 

Quand on joue à l’intérieur, c’est plus « facile » quelque part, il y a moins d’éléments qui gravitent autour de la scène et nous déconcentrent, moins des micros événements perturbateurs. Quand le public est à l’extérieur, il se sent plus à l’aise, il discute plus facilement avec son voisin, ça donne un côté plus détendu, mais aussi un public moins attentif. Mais ça se passe parfois très bien, comme lorsqu’on a joué aux francos-gourmandes ou à la fête de la musique à chalon sur saône l’an passé. Il n’y a pas de règles en réalité. La partie son et lumière est difficile à gérer pour nous car nous n’avons pas nos propres techniciens, et nous n’y connaissons pas grand-chose ; nous avons fait deux résidences en septembre pour se familiariser avec ce domaine, et nous avons eu droit aux deux ingénieurs sons les plus gentils de la planète, Yann du Kraspek et Ludo de Léo Ferré, qui nous ont apporté plein de choses. On a failli les demander en mariage !

Vous avez déjà une programmation pour tout cet été, c’est formidable pour un groupe aussi jeune dans l’univers artistique-culturel français. Vous êtes donc très sollicité. Comment vous-avez fait ?

La programmation, c’est une chance pour nous, elle nous tombe du ciel. Nous faisons très peu de démarche de booking, les dates viennent progressivement selon les rencontres qu’on fait, les tremplins, les autres groupes qu’on découvre etc.

Le 28 juin prochain, le groupe Indochine mettra fin à son  « Black City Tour 3 » au Stade de France, pendant que Nazca sera le seul groupe à faire un vrai pop-folk au Châteauneuf – Festival, ça donne l’envie de vous voir dans un milieu aussi différent (hip-pop, reggae acoustic, electroswing). Si vous recevez une invitation de Nicola Sirkis pour jouer la 1ère partie du concert d’Indochine, vous acceptez ou refusez ? et pourquoi ? 

Cette question est drôle car samedi 21 juin nous avons joué avec le groupe Toybloid [groupe, dont la chanteuse Loue est la fille de Stéphane Sirkis le frère de Nicola Sirkis, leader et fondateur du groupe Indochine, ndlr] qui fait justement les premières parties d’Indochine, on les félicite au passage car ils ont remporté le tremplin du chien à plumes. A priori si Nicolas Sirkis nous propose une première partie nous ne refuserons pas, c’est une opportunité de fou, mais nous doutons beaucoup qu’il nous le propose, ça ne serait pas du tout cohérent en termes d’univers.  Par contre faire la première partie de Cats on Trees c’était top, leur public est typiquement le genre de public qui peut apprécier notre musique, même si nos univers sont un peu différents, on reste dans la même lignée.

Parlons maintenant de l’avenir de Nazca. Est-ce-que vous envisagez de produire un album ? 

Il st encore trop tôt pour faire un album. Nous avons besoin de mûrir, de composer beaucoup, d’essayer plein de choses, de se perfectionner. Peut être que nous ferons un autre EP d’ici l’année prochaine, mais rien n’est sûr. Ce sont des projets qui demandent beaucoup de réflexion, de décisions importantes, et de patience surtout.

Votre musique est, pour moi, très particulière, originale. Allez-vous continuer à faire une musique toujours aussi « calme », « douce », « mélodique » et à la fois «énergisante » ? 

Oui ça serait chouette de garder ce côté mélodique, doux et énergique à la fois. Mais on ne veut pas se fermer de portes, et nous ne voulons pas limiter nos explorations musicales. Nous nous laissons guider par nos sensibilités, nos intuitions, et jusqu'à présent elles nous ont poussés dans ces pans d’énergie délicate, mais qui sait, peut-être que nous virerons punk un jour si le cœur nous en dit sans rire. C’est difficile de se renouveler, de surprendre, en gardant une certaine cohérence, et sans décevoir. Je pense que notre appréhension de la musique conservera ce goût pour les mélodies, les harmonies, tout en gardant quelque chose d’organique et d’énergique, mais il faut savoir évoluer aussi. L’avenir nous dira où et comment.

Finalement, quels projets de Nazca verront le jour dans les mois à venir ?

Nous avons en projet des clips pour préparer la sortie de nouveaux titres que nous avons enregistré au Studio Mikrokosm à Villeurbanne. Mais rien est fait, et le travail risque d’être de longue haleine. Nous devrons nous montrer patients, et vous aussi.

Sites et réseaux du groupe Nazca :

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